Amélie Nothomb
(On) s'aime comme des gamins, et sourit bêtement quand on y pense.
Ce garçon est surprenant. Passif, sans l'être. Surprenant. J'ai vraiment besoin de lui, je crois.
On l'imagine toujours nu, à l'opposé du lit ou bien à la fenêtre, les bras derrière la tête, une cigarette dans la commissure des lèvres : Il ne fume pas. Surprenant. Il vous regarde sans vous regarder, vous sourie sans vous sourire, vous écoute sans vous écouter, vous embrasse sans vous embrasser, vous aime sans vous aimer. On l'imagine avec beaucoup de femmes, mais pas dans son lit, non. Dans une chambre d'hôtel. Il payerait en liquide, c'est plus propre. Il sortirait seul, sa cigarette aux lèvres, ses clefs de voitures en main. Il écraserait sa cigarette, jetterait une pièce dans l'écuelle d'un mendiant, soufflerait dans ses mains parce qu'il fait froid, et rentrerait chez lui.
Chez lui...Se serait un petit appartement rangé, a moitié. Il y aurait toujours une fenêtre ouverte, il ferait toujours froid. Il aimerait rester chez lui pour lire « Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part » et s'identifiera au personnage, comme il aime le faire.
Il voudrait lui aussi qu'on l'attende quelque part. On aimerait rendre cet être sans attaches dépendant. On le voudrait un peu plus jaloux, un peu plus bavard. On voudrait l'entendre dire « Je t'aime » encore et encore. Qu'il nous le souffle à l'oreille, qu'il ne s'enfuit pas après l'amour, et qu'il ne se lasse pas. Oui : qu'il ne se lasse pas. Qu'il ne se réveille pas un matin en songeant qu'il a encore envie de tomber amoureux. Qu'il ne dise jamais « Je m'en vais mon amour, j'ai trouvé mieux ailleurs ».
Mais on ne peut rien dire. Non, ce serait déplacé.
Lui, c'est Adrien. L'Impassible, l'Enigmatique, l'Indifférent, le Détestable Adrien.
Moi c'est Mara. Je ne sais plus très bien si je suis émotive ou placide, vulnérable ou blindée, sensible ou glaciale, généreuse ou intéressée, volontaire ou obligée, simple ou délurée, attentive ou étourdie... Je recherche l'harmonie. Oui, l'harmonie. L'attente d'un équilibre seyant à mon c½ur. Je ne suis pas instable : je change souvent d'avis, d'envies. Un jour je veux, un autre je refuse.
Envie/pas envie. Envie de ne pas avoir envie, ne pas avoir envie d'avoir envie. Introspection controversée qui ne mène finalement nulle part. Les gens les plus intelligents sont finalement ceux qui ne réfléchissent pas. Ils ont compris que c'était une perte de temps. Ils réfléchissent, certes, mais prennent le temps de vivre. Faire la part des choses est important. Faire la part des choses oui, mais sans approcher d'une vision profondément manichéenne de ce que pourrait être la vie. Comprendre que le gris est préférable au noir, préférable au blanc.
![[ Introduction ]](http://51.img.v4.skyrock.net/510/pretes-toi-au-je/pics/2008202981_small_1.jpg)
![[ Chapitre II ]](http://51.img.v4.skyrock.net/510/pretes-toi-au-je/pics/2008218447_small_1.jpg)
![[ Chapitre III ]](http://51.img.v4.skyrock.net/510/pretes-toi-au-je/pics/2008226001_small_1.jpg)
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